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HANS SYBERBERG

by usti March 24 2006, 00:22 ART & EXHIBITIONS

 

             ! un MOMENTO svp !

 

              Analyse cinématographique : Hitler, un film d’Allemagne

              [Hans Jürgen Syberberg]

« J’ai duré des heures ignorées, des moments successifs sans lien entre eux, au cours de la promenade que j’ai faite une nuit, au bord de la mer, sur un rivage solitaire. Toutes les pensées qui ont fait vivre des hommes, toutes les émotions que les hommes ont cessé de vivre, sont passées par mon esprit, tel un résumé obscur de l’histoire, au cours de cette méditation cheminant au bord de la mer. J’ai souffert en moi-même, avec moi-même les aspirations de toutes les époques révolues,  et ce sont les angoisses de tous les temps qui ont, avec moi, longé le bord sonore de l’océan. Ce que les hommes ont voulu sans le réaliser, ce qu’ils ont tué en le réalisant , ce que les âmes ont étés et que nul n’a dit , c’est de tout cela que c’est formée la conscience sensible avec laquelle j’ai marché, cette nuit là au bord de la mer. »

 

 

Voilà ce que j’aurais pu dire après avoir visionné « Hitler, Ein film aus Deutschland ». Bien sur avec moins de talent, de ce fait j’ai emprunté la dite citation à Fernando Pessoa, [1]de son ouvrage : le livre de l’intranquillité[2] . Voilà encore un intranquille, Syberberg tout comme Pessoa, qui pour sa part veut nous démontrer que les deux expériences, celle de la « surabondance insaisissable du réel » et celle du vide de tout, entre veille et sommeil, entre salut et damnation, entre temps et éternité, celle de tous les demis tons de la conscience, est emporté par le démon de l’introspection, de l’analyse et de la conscience, condamné a intranquillité. Sa conscience flotte dans l’espace sensible. Je dresse là un parallèle qui m’a semblé très fort conaissant l’oeuvre de Pessoa et après avoir vu le film de Syberberg. Je me demande même si Syberberg tout comme Pessoa finalement nous embarquerait ils pas, dans une pseudo analyse via le film pour l’un et la littérature pour l’autre.

 

 

 

Dans le film de Hans Jürgen Syberberg, n’est t’il pas question aussi d’intranquillité face à l’atrocité d’un homme ?

Alors ce qui m’intéresse, est le procédé via lequel est passé Syberberg afin de nous amener dans cette sorte d’introspection dans l’histoire.

D’une certaine façon, par quelle architecture filmique est t’il arrivé à une œuvre « hybride » car très complexe dans sa composition, très riche de sens, d’images, de références qui s’accumulent les unes sur les autres ! Ca en deviens même par moments déroutant ! Pour ma part.

 

Ainsi pour mieux comprendre cette œuvre, revenons un peu sur le vécu et les réalisations de son auteur.

 

Hans Jürgen Syberberg,

Né en 1935 à Nossendorf, en Poméranie orientale (nord-Ouest de la Pologne ), Syberberg est initié par son père à la photographie. Son apprentissage du cinéma est celui d’un autodidacte ; à 17 ans, il obtient l’autorisation de Brecht de filmer avec une caméra super 8 des répétitions du Berliner Ensemble. En 1954, il fuit l’Allemagne de l’Est. Après des études d’histoire de l’art et de littérature, il fait ses armes de cinéaste en travaillant comme collaborateur indépendant pour la télévision bavaroise au début des années soixante. Dans ce contexte, il réalise plus d’une centaine de films courts, documentaires, reportages, sujets culturels et interviews, tous inédits.

 

 

Vont alors se succéder plusieurs films documentaires et deux fictions jusqu’en 1972, quand Syberberg décide de bouleverser son esthétique pour consacrer un film expérimental au dernier monarque absolu de la vieille Europe : Louis II de Bavière. En concurrence directe avec Visconti qui travaille sur le même sujet, Syberberg n’obtient pas le droit de filmer dans les châteaux du roi et choisit alors de tourner son film en studio en utilisant une technique du cinéma muet, la projection frontale pour placer le roi dans les dessins préparatoires et esquisses de ses projets démesurés.

 

 

Le cheminement de Syberberg vers son chef d’œuvre absolu Hitler, un film d’Allemagne  a commencé et il n’est pas indécent d’envisager tous ses films comme des essais et jalons préparatoires : un monumental documentaire de 5 heures sur Winifred Wagner, la bru de Richard (1975), un film sur l’écrivain populaire Karl May (1974) et Theodor Hierneis ou le cuisinier de Ludwig (1974) dans lequel pour la première fois, Syberberg parvient à faire tenir un monologue sur toute la durée d’un film.

 

 

Et en 1977, donc, la réalisation en trois semaines de Hitler, un film d’Allemagne, procès intenté à Hitler, nécessaire travail de deuil et victoire artistique sur « L’Allemagne, un film de Hitler » : « Peut-être est il permis de le dire : jamais rien de comparable à ce cas n’a été disponible. Un film, jeu mythique avec le kitsch, au sein des possibilités techniques de notre temps, sur l’ensemble des événements politiques de notre propre temps et sur les exigences de l’art en notre temps. Le film lui-même, objet de la transmission historique du monument de la puissance, de la culpabilité, de la mort, des utopies et de leur perversion – le meurtre par millions – monument des erreurs et de la haine, cinquante millions de morts, la détresse, le désespoir, la démence, la crainte et la misère, la compassion qu’on exige et l’hybris de ce temps, l’horreur qu’inspirent les hommes, l’ascension et la ruine d’une culture, la vanité, toute la vanitas de la caducité humaine, le destin du cosmos de notre pensée et de notre naufrage. […]

HITLER, UN FILM D'ALLEMAGNE

De Hans Jürgen Syberberg.
Avec Rainer van Artenfels, Harry Baer, Johannes Buzalski, Alfred Edel, André Heller, Peter Kern, Hellmut Lange, Peter Lühr, Heinz Schubert, Martin Sperr, Amélie Syberberg.

1977, 430’ en 4 parties.

DER GRAL / Le Graal  / 96’

EIN DEUTSCHER TRAUM / Un rêve allemand  / 132’

DAS ENDE EINES WINTERMARCHENS / La Fin du conte d’hiver / 97’

WIN KINDER DER HOLLE / Nous, les enfants de l’Enfer / 105’

 

Une architecture filmique 

Syberberg finalement expose « une machine de guerre » via une machine filmique très architecturé.

Il mêle acteurs et marionnettes, sur fond de diapositives.

Des  films amateurs, le tout dans une atmosphère crépusculaire et dans des décors volontairement aux antipodes de la reconstruction naturaliste par exemple.

 

Densité de la bande son traversé par des extraits de Wagner qui donne a entendre toute l’esthétique sonore de la politique nazie avec un montage d’enregistrements d’actualités, de discours d’Hitler, Himmler ou Goebbels, des cris de foule, de chants militaires.

Une œuvre, une réflexion ultra stylisée, un décor pour prendre toute la mesure de l’enfermement et de la folie en essayant de le mettre à jour pour comprendre son inhumanité.

 

 

La question que l’on peut se poser c’est finalement est ce un film ? Un documentaire ou plutôt une installation ?

 

 

Mais une installation toute en volume dirais je, une installation de l’espace, et qui développe une temporalité entre image et paroles, entre espace et mise en scène, entre lumière et personnages et espace. Mais aussi une plasticité, ou esthétique très forte. Une complexité folle, un souci de perfection par lequel Syberberg a toujours été préoccupé !

 

 

« On ne saurait imaginer le combat quotidien pour réaliser à chaque fois la possibilité optimale, pour obtenir la qualité dans la réalisation artistique, pas plus qu’on ne peut se représenter la faiblesse et la fourberie des affairistes des divers marchés de l’idéologie et du profit, et l’indifférence des inconscients. Cela impliquait au début des difficultés avec les rédacteurs de télévision, des épreuves de force incessantes et une patience infinie face aux habitudes décadentes des cameramen et des monteuses, des combats pour chaque réglage, chaque projecteur, chaque éclairage et chaque effet optique, pour des mots isolés aussi bien que des projets entiers, jusqu’au point où le seul moyen de sauver notre liberté fut de créer notre propre maison de production, par quoi la malédiction de cette vie commença. C’était en 1965, et je pus ainsi sauver la production de Kortner, le premier film que j’ai réalisé. » [3]

 

 

En somme un artiste d’une exigence rare !

 

Le décor est un personnage à lui tout seul ! Le complice le plus dévoué du réalisateur. Il arrive que l’on critique le manque d’originalité, l’anonymat du décor, on ne peut pas en dire de même en ce qui concerne Syberberg !

 

C’est peut être Aragon qui a le mieux exprimé le pouvoir évocateur du décor, dans un texte datant de 1918 « Doter d’une valeur poétique ce qui n’en possédait pas encore, restreindre à volonté le champ objectif pour intensifier l’expression, voilà deux propriétés qui contribuent à faire du décor cinématographique le cadre adéquat de la beauté moderne »[4]

 

 

Le rapport de l’image avec les mots, les sons, dans une dissymétrie  du sonore et du visuel, qui donne à l’œil et a l’oreille un pouvoir de lecture supplémentaire. A la recherche d’une pédagogie de la perception ? Sans doute. Recherchant de « nouvelles associations »   que Syberberg réclame,  « esquisser de nouveaux circuits cérébraux d’un cinéma de l’avenir »[5]

 

L’espace ici naît du temps. Le sonore conquiert une autonomie qui lui donne de plus en plus le statu d’image, de ce fait le deux images, sonore et visuelle entrent dans des rapports complexes. Disjonction du sonore et du visuel (l’espace visuel de la chancellerie devenue déserte, tandis que des enfants dans le coin font entendre le disque d’un discourt d’Hitler).

 

 

A projection frontale et l’utilisation fréquente de diapositives assurent un espace visuel que non seulement l’acteur ne voit pas lui même, mais auquel il s’associe sans en faire partie, réduit a ses paroles et a quelques accessoires.

 

La dissociation également subjective de la voix et du corps  qui est remplace par une marionnette par exemple. Un degré de représentation double, celui du corps et celui de la voix, ce qui n’est pas totalement juste car en réalité nous avons,  la marionnette et le récitant, le corps et la voix.

 

 

« toutes les donnes visuelles s’organisent en couches superposées, perpétuellement brasses, avec des affleurements variables, des rapports de rétroaction, des poussées, des enfoncements, des effondrements, une mise en décombre d’où l’acte de parole sortira… »[6]

 

Le monde moderne est celui ou l’information remplace la nature. C’est ce que Jean Pierre Oudart appelle « l’effet media » chez Syberberg [7]

 

BIBLIOGRAPHIE   

 

Léon Barsacq : Le decor de film, preface de rene clair

Gilles Deleuze : L’image – temps / collection « critique » les éditions de minuit

Gilles Deleuze : L’image – Mouvement / collection « critique » les éditions de minuit

Histoire / la propagande nazie : collection martin Ivernel (crédit images)Hatier

The New York Times  [archives ]

Etats généraux du film documentaire : découverte de filmographie ou d'œuvres documentaires exceptionnelles, regard sur la production francophone européenne de l’année.

auschwitz : le temps de la mémoire  / témoignages vidéos  [ http://www.tv5.org/TV5Site/auschwitz/]

Vidéothèque  de l’ENSAV ( pour le film )

Hans Jürgen Syberberg site internet [ http://www.syberberg.com/ ]

Militant Esthetix : entretien avec Esther Leslie  / Crépuscule de culture  / londres 

Le centre Pompidou (archive)

 

 

[1] Pessoa: poète  élégiaque, épique, érotique et mystique, héro du drame en personne, dont la scène est la conscience de leur créateur.

[2] Fernando Pessoa : “Livro do Desassossego” por Bernardo Soares, Atica, Lisbonne 1982 volume II

[3] Dires de  Hans Jürgen Syberberg

[4] Le décor de film : Léon Barsacq p115 : (Revue : Le film, 1918, cité par « Le Point »)

[5] Optimisme, Pessimisme et Voyage : Lettre de gilles Deleuze à Serge Daney (avril 1986)

[6] Gilles Deleuze -  l’image temps -collection critique aux éditions de minuit

 

[7] Jean Pierre Oudart, Cahiers du Cinéma, n° 294, novembre 1978, p. 7-9. Syberberg a souvent insisté sur sa conception des « documents », et la nécessite de constituer un vidéo conservatoire universel : il suggère que l’originalité du cinéma se définit par rapport  l’information, plutôt que par rapport a la nature ( Parsifal p.160)

 

 

 

 

 

 

 

 

                                  vOILà une breve présentation, car on n'a pas le temps de tout aborder ! Néansmoins du point de vue de ce que l'on pourait appeler l'architecture filmique, ce film est remarquable, avangardiste même! Un petit bijoux que je viens de voir ! Mais à ne pas mettre sur les mains de n'importe qui ! Plus de 7h de film, en 4 parties bien sur, et une intensité dans l'image etc ...Faut être capable de l'affronter ! A bon entendeur ! Bonne découverte ! usti

 

 

 

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